
Enfin on rend justice et hommage à Henri
Vernes, demeuré toujours secret jusqu'ici, abritant derrière ses lunettes
fumées, une âme discrète et une gentillesse exemplaire.
J'ai rencontré souvent
le père toujours jeune de Bob Morane, le désinvolte et mystérieux play-boy
que je ne pouvais appeler que du nom de son héros. Fallait-il dire
"Verne" comme Jules, ou "Vernes" en soulignant le s ? .. Ce
fut souvent à des foires du livre, où nos stands étaient proches et où il
-attirait les filles par sa bonne mine et dédicaçait ses œuvres à tour de
bras. Ses piles de bouquins fondaient à vue d'œil et les miennes restaient
dignement au garde-à-vous ...
Je n'ai pas eu l'occasion
de mener comme Henri Vernes une vie aventureuse. Mais, comme lui, j'ai
fréquenté tout jeune les grands meneurs d'évasion. Jean de la Hire,
Boussenard, Conan Doyle, Arsène Lupin, Rouletabille, Raffles cambrioleur pour
le bon motif et l'étonnant "Maximilien Heller" dont j'ai oublié le
nom de l'auteur.
Je me sens donc très proche de
l'écrivain athois qui naquit à l'ombre de la tour de Saint-Julien et sous l'œil
du géant "Goliath".
Son aîné de huit ans,
j'ai eu pratiquement les mêmes passions littéraires que lui. Je rencontrai et
fréquentai Jean Ray alors que le futur père de Bob Morane avait à peine 9
ans. Je le remercie de tout ce qu'il a fait par la suite pour asseoir la
réputation du grand conteur que nous avons également aimé et qui domine la
littérature fantastique et d'aventures de notre temps.
Je salue en Henri Vernes
un merveilleux écrivain qui tient de Balzac et de Ponson du Terrail; qui
s'exprime - ô rare mérite ! - en une langue simple, claire, sans prétention
et sans négligence; qui a mené sa vie comme un duc - à sa guise - et à
propos de qui on peut, paraphrasant Michel de Ghelderode (autre complice), dire
au lecteur inconnu :
"Lis ! et
oublie ton souci"